"Mourir
de joie"
Extraits du Prologue à L'amour fort comme la mort
lus par son fils, Emmanuel Chouraqui
Toute vie commence au seuil d'une tombe.
Ma tombe, je l'espère, se situera sur le mont des Oliviers, non loin de la
maison que j'habite de l'autre côté de la vallée de la Géhenne. Ce mont est
habité depuis des millénaires par des myriades d'habitants de Jérusalem qui
ont, eux aussi, pris le parti des pierres. Là, se sont-ils enfin réconciliés ?
Ils sont silencieux, mais non muets : leurs tombes, dans la sobriété des rocs,
parlent. (...)
Il surplombe la vallée du Cédron où, selon les certitudes locales, les morts
du monde entier se réuniront à l'heure toujours prochaine de leur résurrection,
Maintes tombes l'affirment : ceux qui y reposent n'en sont que de très
provisoires locataires. leurs squelettes se revêtiront de muscles et de chair.
Ezéchiel l'a dit, et l'Élohim, créateur des cils et de la terre, lui qui les a
créés de rien, les ressuscitera à partir de l'irrécusable présence de leurs
ossements rhabillés de lumière. L'esprit convoqué des quatre coins de l'univers
déferlera sur eux en souffle de vie. (...)
Quand nous nous réveillerons, nous les découvrirons de nos yeux émerveillés.
Notre nuit souterraine nous semblera n'avoir duré qu'un jour ou qu'une heure...
Avec mes ossements qui seront demain les vestiges souterrains de ma
personne, ma tombe portera la date de ma naissance et celle de ma mort.
Alors, mon nom ne sera pas mutilé de sa composante hébraïque. Non pas
André, mais Natân André Chouraqui. (...)
Ainsi en est-il de tout homme. Du jour de ma naissance à celui de ma mort,
un même nom désigne la multitude des êtres humains qui m'habitent : un
bébé vagissant ; un enfant aux yeux de lynx et au front têtu ; un infirme
paralysé sur son lit par une attaque foudroyante de poliomyélite ; un
élève du Talmud tora de sa ville natale appliqué à déchiffrer les textes
de la Bible - en hébreu bien entendu ; et encore un pensionnaire au lycée
d'Oran, devenu, par la grâce de l'enseignement laïque et républicain, un
authentique descendant de Vercingétorix...
L'hébreu ignore le visage de l'homme pour ne relever que ses
faces. Le mot panim qui les désigne s'emploie toujours au pluriel.
Car en vérité je n'ai pas un seul, mais de multiples visages, celui du
vieil homme que je suis devenu et celui du nourrisson que j'étais, celui
de mes rires, de mes colères, de mes peurs, de mes tristesses et de mes
joies, de mes souffrances et de mes allégresses, de mes nuits et de mes
jours... mille et mille faces de mon être - toutes éphémères et, pour les
désigner, un seul nom : Natân André Chouraqui, l'Africain, le Français,
l'Asiatique, et demain l'habitant provisoire d'une tombe dans un cimetière
de Jérusalem.
Les orientalistes le savent : pour l'Hébreu - mais pas seulement pour lui
-, le nom est essentiel par rapport à la réalité qu'il désigne. Nous
vivons non pas dans un monde illusoire d'objets éphémères, mais dans la
réalité autrement plus vraie des Noms : le Verbe, la Parole, est la
seule vraie puissance créatrice. en tête était le Dabar, le
Logos, la Kalimat, le Verbe, la Parole. Dans la Bible, Élohim
lui-même l'utilise pour créer les ciels et la terre : "Élohim dit : La
lumière sera. Et la lumière est." Rien ne fut, rien n'est et rien ne
sera sinon par les pouvoirs de la Parole, Nom et Verbe tout à la fois.(...)
Mes deux prénoms Natân André m'accompagnent en raison d'une antique
pratique des Juifs de la Diaspora : depuis l'époque de leur premier exil à
Babylone, en 586 avant notre ère, chaque Hébreu a deux prénoms, un
hébraïque à l'usage de la tribu, du clan, de la famille, et un autre pris
dans les usages des nations où les remous de notre histoire nous avaient
rejeté.
Mon prénom français, ou supposé tel puisque, en fait, il dérive du grec,
serait donc André, selon le choix de mes soeurs aînées, déjà adolescentes
à l'époque de ma naissance. (...)
C'est [ma mère] qui avait décidé que je
m'appellerais, en Israël, Natân . (...) Ba Natân Meyer était le grand-père
de maman : un géant aux immenses yeux bleus, connu pour sa vaste culture
arabe et hébraïque. (...) Il était si grand que
[lorsqu'il mourut à l'âge de 92 ans] six hommes pouvaient soulever avec
peine son cercueil. Mais lorsque le chant célébrant le Seigneur de
l'Univers - Adon 'Olam - s'éleva, le cercueil devint léger comme
une plume. (...)
Quelques jours avant ma naissance, ma mère, une forte femme bien enracinée
dans les réalités de la vie, eut une vision qu'elle me raconta souvent :
Ba Natân lui apparut, assis sur son trône d'or, tenant sur ses genoux un
bel enfant de sexe masculin. Il était auprès de deux de ses filles, nos
tantes Simha et Shabka : "Voilà ton fils, Meléha !" lui dit-il en me
présentant. Il ajouta une bénédiction quasi rituelle, mais qui résonna
très fort dans la conscience de ma mère : "Le petit que voici deviendra
grand. Donne-lui mon nom : Natân".
C'est ainsi que je fus inscrit à l'état civil français de la ville d'Aïn
Témouchent en Algérie (...)
Mais revenons auprès de ma tombe.
"Fou êtes-vous de nous parler de la résurrection. En voilà des idées ! A
l'heure du progrès, nous rebattre les oreilles avec vos vieilles
sornettes, avec vos racontars de primitifs !"
Oui, fou suis-je de ne pas croire à la mort, et, plus qu'à la
résurrection, de penser que dans l'adorable liturgie de la création, la
mort - ou ce que l'on entend communément par ce terme -, à vrai dire,
n'existe pas. ce qu'il est donné d'observer est le perpétuel refux et flux
de la vie prodigieusement imprévisible. Car on commence toujours par
mourir avant de naître. Dès que l'on existe, on ne sort d'un état que pour
en revêtir un autre. (...)
[L'enfant que je fus autrefois est devenu ce corps
enterré parmi les rocs du mont des Oliviers.]
Il me paraît absurde de croire que l'arrêt de mon coeur, que la fin de ma
pensée consciente ou de ma mouvance effaceront l'être qui vit en moi.
Hébreux, chrétiens, musulmans sont unanimes en cela : l'Élohim de la Bible
est le Dieu Vivant, El Haï, au regard duquel la mort n'existe pas :
il est aussi l'Élohim des Vivants, de tous les Vivants. C'est en vivant
que je serai demain déposé dans ma tombe. L'hébreu appelle tout cimetière
la Maison des vivants : Beit Ha-Haïm. Que l'on ne voie pas là
un euphémisme. ceux qui ont fait l'expérience de la mort d'un être cher
savent que, mort, il est souvent plus présent que vivant. Nos morts nous
habitent, ils vivent en nous comme les habite l'essence de notre être et
de notre pensée.
"La vie est un couloir qui aboutit à un palais : prépare-toi dans le
couloir pour être en état de pénétrer dans le palais", disait jadis un de
nos ancêtres. Ainsi en a-t-il été de ma première naissance, le 11 août
1917. Ainsi en sera-t-il en ce jour de joie où je pénétrerai vivant dans
l'énigme de ma mort. (...) La joie de ma vie, je
le promets, ne cessera jamais de m'habiter, de siècle en siècle, fût-ce
dans ma tombe.
Sa source ? L'inextinguible passion d'amour qui n'a cessé de m'animer,
(...)
Et pour nourrir cette passion d'amour, j'ai eu le privilège unique d'avoir
le regard ouvert sur l'univers entier et d'épouser ses splendeurs, ses
ciels, ses terres, ses mers, ses fleuves, ses hommes et ses femmes, tous,
toutes, ses langues, ses cultures et ce fleuve de feu où je n'ai cessé de
m'immerger, buisson ardent qui brûlait sans se consumer, aux échos
infinies, en moi, de la Tora, des Evangiles, du Coran et de maints autres
chants...
Une tombe, c'est un nom, deux dates et souvent une épitaphe. Si j'avais à
rédiger la mienne, elle n'aurait que trois mots : Natân André
Chouraqui
(1917 - )
MORT DE JOIE
Mais le passant, qui ne connaîtra rien de l'homme endormi sous cette dalle
de granit, ne sera-t-il pas choqué par l'impertinence de ces termes ?
J'y ajouterai donc, pour me tenir dans les limites de la componction de
rigueur en ces lieux témoins de tant de déchirements, un verset du
Psautier Ps. 4:8 :
"Tu as donné de la joie à mon coeur
plus qu'au temps
où leur froment et leur moût surabondent."
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"עזה כמוות אהבה"
פרולוג מהאוטוביוגרפיה של נתן אנדרה שוראקי
נקרא ע"י בנו עמנואל כהספד
החיים מתחילים על סף קבר,
קברי, כך אני מקווה, ישכון על הר הזיתים, בקרבת בית מגורי הנמצא מצדו השני של גיא
בן הינום,
הר זה מאוכלס מזה אלפי שנים ברבבות אין ספור של תושבי ירושלים, שהתמזגו לצידם של
הסלעים. האם הם השלימו ביניהם סוף סוף ? הם שקטים, אך לא אילמים : קבריהם מדברים.
המקום שעליו צופה קברי הוא עמק קדרון, שם, לפי האמונות המקומיות, יתאחדו המתים של
העולם כולו בשעת תחייתם שקרבה ובאה.
שלדיהם ישובו לרקום עור וגדים. כך אמר יחזקאל. והאלוהים, בורא שמים וארץ, הוא שייצר
אותם מאין, יחייה אותם מחדש, מתוך עצמותיהם שילבשו אור. עולם חדש, שמים חדשים, אדמה
ואדם השונים מאיתנו כפי שהיום שונה מן הלילה, יענו לקריאת הבורא.
כשנתעורר, נגלה אותם בעיניים מוקסמות. לילנו התת קרקעי יראה לנו כאילו נמשך רק יום
אחד, או שעה אחת...
יחד עם עצמותיי, שיהיו מחר השרידים התת קרקעיים של ישותי, ישא קברי את תאריך יום הולדתי ואת זה של יום מותי. אז, שמי יתאחד עם המרכיב העברי שלו. לא
אקרא אנדרה, אלא נתן אנדרה שוראקי.
שמי האחד מתאר את רבבות בני האדם השוכנים בתוכי: תינוק מייבב ; ילד עם עיני נץ ומצח
נחושה עקשני ; נכה משותק על מיטתו בשל התקפה חזקה ופתאומית של נגיף הפוליו ; תלמיד של
תלמוד תורה בעיר הולדתו שמתאמץ לפענח את כתבי התנ"ך - בעברית כמובן ; וגם בחור
פנימייה בתיכון של העיר אורן, באלג'יריה, שהפך בזכות החינוך החילוני הצרפתי
הרפובליקאני באופן
פרדוקסאלי לצאצא של הגלים ומפקדם, וורסנג'טוריקס,
...בעברית המילה 'פנים' היא תמיד ברבים, כי למען האמת, אין לאדם, רק חזות אחת אלא
פנים רבות, זו של האדם הזקן שנהייתי וזו של התינוק שהייתי, זו של צחוקיי, של
כעסיי, של פחדיי, של עצבויותיי ושל שמחותיי, של סבלותיי ושל י כולן חולפות,
התעלויותי, של לילותיי, של ימיי... אלף אלפי הפנים של ישותי כולן חולפות, ומה שנותר כדי להעיד עליהן הוא רק שם אחד: נתן אנדרה שוראקי, האפריקאי,
הצרפתי, האסייתי, ומחר הדייר הזמני של קבר בבית קברות ירושלמי.
בשביל העברי - אך לא רק בשבילו -, השם הוא העיקר ביחס למציאות שעליה
הוא מעיד. אנחנו חיים לא בעולם שכולו אשליה, של חפצים חולפים, אלא במציאות האמיתית
הרבה יותר של השמות: 'הלוגוס', הדיבור, הוא העוצמה, היוצרת האמתית היחידה. בראשית היה
הדבר, הלוגוס, הקאלימט הדיבור. בתנ"ך, אלוהים עצמו משתמש בו כדי ליצור את השמיים
ואת הארץ: " ויאמר אלהים: יהי אור ויהי אור". שום דבר איננו ושום דבר לא
יהיה אלא בעוצמת הדיבור השם והלוגוס (האמירה) גם יחד.
שני שמותיי הפרטיים, נתן ואנדרה, מלווים אותי בגלל מנהג קדום של יהודי החפוצות:
מתקופת גלותם הראשון בבבל בשנת 586 לפני הספירה, לכל עברי יש שני שמות פרטיים, אחד
עברי לשימוש השבט, החמולה או המשפחה, והאחר שנלקח ממסורת העמים שאליהם הוגלינו עקב
תלאות ההיסטוריה שלנו. את שמי הצרפתי, אנדרה, בחרו אחיותיי הגדולות, שהיו כבר נערות
כשנולדתי. ואילו את השם נתן בחרה אימי על שמו של סבה, בא נתן מאיייר שהיה גדול תרתי
משמע; הן גדול בתורה ובתרבות הערבית והן גדל-מידות מהבחינה הגופנית. כשהוא הלך
לעולמו בגיל ,92 שישה אנשים בקושי הצליחו לשאת את ארון קבורתו. אבל כאשר התחילו
לשיר את 'אדון עולם' - השיר לכבוד מלך העולם - נהייה ארון
המתים קל כמו נוצה. אימי, שהייתה אישה חזקה ומציאותית, סיפרה לי שסבה בא נתן התגלה
לה בחלום מספר ימים לפני לידתי, ישוב על כס מזהב ומחזיק על ברכיו ילד יפה ממין זכר.
לידו ישבו שתיים מבנותיו, דודותינו שמחה ושבקה: " הנה בנך, מליחה!" אמר לה תוך שהוא
מציג אותי בפניה. הוא הוסיף ברכה מסורתית, שבכל לאת הדהדה חזק מאוד בתודעתה של אמי:
"זה הקטן גדול יהיה. תני לו את שמי: נתן". ובשם זה אומנם רשמו אותי במשרד הפנים של
העיר עין טמושנט באלג'יריה.
מרגע לידתי, נחזור אל קברי. אתם בטח אומרים: " משוגע שכמוך! איך אתה מדבר איתנו על
תחיית המתים. איך אתה מבלבל לנו את המוח עם רעיון ארכאי כזה, עם סיפורי מעשיות
שכאלה!"
נכון משוגע אני שאינני מאמין במוות. שאני חושב שבליטורגיה הנפלאה של הבריאה, המוות
- או מה שאנחנו מתכוונים בד"כ במונח זה - איננו קיים. למען האמת. מה שניתן לצפות היא התנועה האינסופית קדימה ואחורה של החיים
הבלתי צפויים להפליא. כי תמיד מתחילים למות לפני שנולדים. מהרגע שאנו קיימים, איננו
יוצאים מהוויה אחת רק כדי להיכנס לאחרת. הילד שפעם הייתי הפך היום לגופה זו
שהיטמן בין סלעי הר הזיתים.
נראה לי אבסורדי להאמין שדום ליבי , שסוף מחשבתי ההכרתית, או התקדמותי, ימחקו את
האדם הקיים
בתוכי. עברים, נוצרים מוסלמים תמימי דעים בזאת: האלוהים של התנ"ך הינו אלוהים חיים,
אל חי, אשר בעיניו המוות לא קיים: הוא גם אלוהים של החיים, של כל החיים. העברי קורא
לכל בית קברות בית החיים. אלה שחוו את חווית לרוב יותר נוכח מאדם חי. המוות של אדם
היקר להם יודעים שאדם מת, הוא לרוב יותר נוכח מאדם חי,
מתינו שוכנים בתוכנו, הם חיים בתוכנו באותה מידה בה עיקר ישותנו ומחשבתנו דרים
בתוכם.
"החיים הינם פרוסדור שסופו טרקלין, התקן עצמך בפרוזדור כדי שתיכנס לטרקלין" היה אומר אחד מאבותינו.
כך היה בלידתי הראשונה, ב 11 לאוגוסט 1917.
כך יהיה ביום שמחה זה שבו אכנס חי וקיים בחידת מותי.
מהו מקור השמחה ? התשוקה הבלתי פוסקת לאהוב שלא הפסיקה להניע
אותי,
וכדאי להזין תשוקה זו, הייתה לי הזכות הייחדית להיות
בעל מבט פתוח על היקום כולו, על נפלאותיו, שמימיו, אדמותיו, ימיו, נהרותיו, גבריו
ונשותיו, כולם, כולן, לשונותיו, תרבויותיו ונהר האש הזה שלא הפסקתי לרחוץ בו, 'סנה
בוער שאינו אוכל' , עם הדים אינסופייס, בתוכי, של התורה, של הברית
החדשה, של הקוראן ושל שירים רבים אחרים...
קבר נושא שם, שני תאריכים, ולעיתים תכופות כתובת - הקדשה, אם הייתי צריך לכתוב את
שלי, הייתי שואף לכתוב רק:
נתן אנדרה שוראקי (1917 - )
מת משמחה
אבל עובר האורח. שלא יכיר את האדם הישן מתחת לאבן הגרניט הזו. האם לא יופתע מחוצפת
הניסוח ?
ולכן. כדי להישאר בגבולות הרצינות והכבח היאים למקום הזה אוסיף לו פסוק מתהילים 4
פסוק 8 : "נתת שמחה בלבי. מעת דגנם ותירושם רבו"
|
Paroles de sa fille
Elisabeth Chouraqui-Chemla
Papa demandait toujours que le jour de sa mort soit un jour de joie, de
chants et de danses. Il parlait toujours de la mort en des termes joyeux
et paisibles, il l'attendait avec une grande curiosité, et la considérait
comme l'une des nombreuses transformations que nous connaissons au cours
de la vie.
Par exemple, il nous demandait souvent où se trouvaient les petits enfants
que nous avions été autrefois, et où ils avaient disparu ? Ou bien,
qu'aurait répondu un foetus dans le ventre de sa mère, si on lui avait
demandé s'il souhaitait naître ? Il aurait certainement répondu "vous êtes
fous ? Vous voulez me tuer ?"
En effet, il est difficile d'imaginer le monde entier lorsqu'on est coupé
d'un utérus rassurant, bienfaisant, qui donne la vie et l'alimentation...
Et malgré tout, Papa, il est triste de se séparer, nous ressentons la
perte et la douleur...
Il nous sera difficile de revenir à la maison, la maison de notre enfance,
que tu as construite face aux remparts de la vieille Ville de Jérusalem,
la ville que tu aimais, pour laquelle tu rêvais de paix et de coexistence.
Il nous sera difficile de sentir ton absence dans toutes les rencontres de
la tribu autour du couscous, que nous tous, et toi aussi, nous aimons
tellement... Mais tu seras toujours dans nos coeurs, et peut-être vas tu
nous contempler, nous guider et nous protéger depuis là haut...
Ta présence sera gravée sur la dalle de granit, mais aussi au fond de nos
coeurs...
Tu étais pour nous un soleil, et comme une source vivante... ta force, ta
vitalité, ton optimisme, ton audace de penseur, de créateur, ta
vision de l'avenir, ton attachement aux racines, tes relations
profondes avec tes amis de toutes religions, toutes couleurs et toutes
cultures, ton ouverture d'esprit, ton amour du prochain, l'espoir et la
foi en l'homme et en un monde nouveau, et surtout la joie, l'amour de la
vie, l'enthousiasme, ton amour pour Maman, et ton sourire si personnel...
Nous avons eu le privilège de recevoir cette tradition si riche, et nous
t'en remercions de tout notre coeur. Sois sûr que ton esprit se perpétuera
dans nos voies, dans celle de nos enfants, et dans celle de leurs enfants.
Papa, tu vis encore aujourd'hui même dans ta mort, et nous espérons que
sous ton influence nous saurons sauver nos âmes, et vivre dans ton esprit.
Que Dieu te bénisse et te protège.
" portera
ses faces vers toi, il mettra en toi la paix" (Nb 6:26). Adieu. |
הספד של ביתו, אליזבט שוראקי-שמלה
אבא תמיד ביקש שיום מותו יהיה יום של שמחה שירה ומחולות.
היו לו תמיר מילים משמחות ונוסכות שלוה בנושא המוות, לו ציפה בסקרנות רבה וראה בו
טרנספורמציה אחת מני רבות שאנו חווים במהלך החיים.
הוא נהג לשאול אותנו למשל איפה הילדים הקטנים שהיינו לפני שנים, ולאן
הם נעלמו ?
או מה היה אומר עובר ברחם אמו, אם היינו שואלים אותו, אם רוצה הוא
להיוולד ? הוא בוודאי היה עונה "מה השתגעתם. אתם רוצים להרוג אותי ?"
כי באמת קשה לדמיין עולם ומלואו. כשניתקים מרחם מוכר, מיטיב, מחייה ומזיו...
ובכל זאת אבא, עצוב להיפרד, ואנו חשים אבדן וכאב...
יהיה לנו קשה לבוא הביתה לבית ילדותינו, שבנית אל מול חומות העיר העתיקה בירושלים, עירך האהובה, שבה חלמת על שלום ודו קיום, יהיה לנו
קשה להרגיש את העדרך בכל מפגשי החמולה עם הקוסקוס, שכולנו, וגם אתה
כל כד אהבת... אבל יחד עם זאת, תמיד תהיה בליבנו, ואולי גם תביט, תדריך ותשמור
עלינו מלמעלה...
נוכחותך תהיה חקוקה על מצבת הגרניט, אך גם - על מצבת ליבנו...
היית לנו כשמש, וכמעיין מים חיים... העוצמה שבך, החיות, האופטימיות
שלך, האומץ לחשוב, ליצור, לדבוק בדרך ההליכה קדימה, החיבור לשורשים,
הקשר האמיץ עם חברים בני כל הדתות, הצבעים והתרבויות, הפתיחות, אהבת
הזולת, התקווה והאמונה באדם ובעולם חדש ובעיקר השמחה, אהבת החיים, התשוקה, האהבה לאמא, והיותך כל כך אתה...
במורשת עשירה זו התברכנו, ועל כך תודה גדולה מקרב לב, הייה בטוח
שדרכנו ודרך בנינו ובני בנינו, רוחך תמשיך לחיות.
אבא אתה חי היום גם במותך, ומי ייתן שבהשראתך נדע לשמור על נפשותינו , ונחייה.
"ה' וישמרך, יאר ה' פניו אליך ויכונך, ישא ה' יברך לך פניו אליך ויישם לך" (במדבר
ו', כו')
שלום.
|
Paroles de sa petite-fille
Naama Chouraqui
Mon Papi,
Je suis assise dans ton bureau, en train de me
demander ce qu'on peut dire encore? Que peut-on encore écrire ? Je cherche
quelque chose qui n'a pas encore été dit ou écrit sur toi, mais je
ne trouve pas.
Alors je vais commencer par te dire merci. Merci pour la tartine de miel
que tu me préparais quand j'étais petite... Merci de m'avoir assise
quelquefois sur tes genoux pendant que tu écrivais un nouveau livre
ou un article, et de m'avoir expliqué ce que tu écrivais, même si je n'y
comprenais rien. Merci de m'avoir toujours répété que j'étais
intelligente, et belle, que tu m'aimais et que "votre maison est la
mienne". Merci, lorsque j'avais peur de la mort et que je te le disais,
d'avoir souri et de m'avoir dit de ne pas m'inquiéter, car "la mort est la
force de la vie, et la vie est la force de la mort..." Et à nouveau
je ne comprenais rien, jusqu'à la semaine dernière, lorsque nous avons
traduit en hébreu le premier chapitre de ton livre, Mourir de joie.
Merci pour toutes les poupées que tu me rapportais de tous les pays où tu
te rendais, et la liste est encore longue...
Mon grand-père, le nôtre - on dit que c'est jour de son enterrement qu'on
peut témoigner d'un homme... Maintenant je comprends vraiment
qui tu étais. Des personnes de toutes les nationalités et de toutes les
religions sont rassemblées ici pour te rendre un dernier hommage.
Exactement comme tu le souhaitais. J'ai tellement de choses à dire, mais
je t'ai déjà dit tout cela dans ces dernières semaines, qui ont été
difficiles pour nous tous.
Mon Papi, je suis fière de toi, et fière d'être ta petite-fille ! Je te
promets que nous irons tous bien, car en fait, comme tu le disais,
ce n'est que le corps qui cesse de fonctionner, mais ton âme, et les
souvenirs profondément gravés en nous, ta présence et ton esprit habitent
tous les coins de cette maison que tu aimes tant.
Je terminerai par les mots de la chanson Shir nevouï aliz (Chanson
prophétique et cosmique joyeuse de Yoni Rekhter et Elie Mohar), que j'ai entendue
aussitôt après que mon père m'ait annoncé que tu nous avais quittés :
"Comme une colonne de nuages tu marcheras devant le troupeau
Et de tout ce que tu sais, tu ne diras pas un mot
Comme une colonne de fumée tu disparaîtras dans la chambre,
Une voix en toi te dira : poursuis ton chemin. Comme la voie
lactée, qui fend le ciel,
Tu marches droit, sans voir les étoiles
Qui luisent pour éblouir tes yeux,
Une voix en toi te dira : poursuis ton chemin. Ô vas droit, vas
seul, ne crains rien
Ô, Ô, Ô, ne te fâches pas
Vas simplement, vas uniquement. Comme l'oie sauvage qui passe dans le
ciel du soir,
Qui vole en tête de flèche, nous ne craindrons pas la distance.
L'instinct lui montre la voie à choisir
Une voix en toi te dira : poursuis ton chemin. Sans discuter,
laisses-toi marcher
Tous les arguments s'effaceront d'eux-mêmes
Comme l'arbre qui revit après la chute des feuilles
Une voix en toi te dira : poursuis..." Alors Mon Papi,
poursuis ton chemin où que tu te trouves. Nous le poursuivrons
ici.
Je te promets que chacun de tes petits-enfants et de tes descendants
sauront exactement qui tu étais et ce que tu étais.
Nous t'aimons énormément énormément et te languissons déjà. |
הספד של נכדתו, נעמה שוראקי
סבוש,
אני יושבת בחדר שלך וחושבת לעצמי מה כבר אפשר להגיד ? מה כבר אפשר לכתוב ? אני מחפשת
משהו שעוד לא אמרו או כתבו עליך ולא מוצאת.
אז אני אתחיל בתודה. תודה על הפתית עם הדבש שהיית מכין לי כשהייתי קטנה... תודה על
זה שהיית מושיב אותי על הברכיים שלך לפעמים כשהיית כותב איזה ספר חדש או מאמר
ומסביר על מה אתה כותב, ואני לא הייתי מבינה כלום. תודה על זה שכל הזמן היית אומר
לי שאני חכמה ויפה שאתה אוהב אותי וש"ביתכם הוא ביתי", ועל זה שכשפחדתי מהמוות
וסיפרתי לך את זה חייכת ואמרת לי לא לדאוג כי "מוות הוא כוח החיים והחיים הם כוח
המוות.." ואני שוב לא הבנתי, עד לפני שבוע כשתרגמנו את הפרק ה- 1 בספר שלך : "למות
משמחה".
תודה על כל הבובות שהיית מביא לי מכל מקום שכף רגלך דרכה בו והרשימה עוד ארוכה...
סבא שלי, שלנו - אומרים שאפשר להעיד על אדם ביום הלוויתו... עכשיו אני מבינה
ומשוכנעת איזה מן בנאדם אתה. אנשים מכל העדות והדתות עומדים כאן וחולקים לך כבוד
אחרון. בדיוק כמו שהיית רוצה. יש לי כ"כ הרבה להגיד, אבל לך כבר אמרתי את כל הדברים
בשבועות האחרונים שלא היו קלים לאף אחר מאיתנו.
סבוש, אני גאה בך, וגאה להיות הנכרה שלך! ומבטיחה לך שכולנו נהיה בסדר, כי בסך הכל
כמו שאמרת, רק הגוף הפסיק לעבוד, אבל הנשמה שלך והזכרונות חרוטים עמוק עמוק בתוכנו
וכל ההוויה שלך והרוח ממלאת כל פינה בבית שאתה כ"כ אוהב.
אני אסיים במילים מ-"שיר נבואי קוסמי עליז" (מאת יוני רכטר ועלי מוהר), שיר ששמעתי בדיוק אחרי שאבא הודיע לי שאתה
איננו: "כמו עמוד ענן כך תלך לפני העדר,
ובין הכל, תדע, לא תאמר מילה אחת.
כמו עמוד עשן תיעלם בתוך החדר,
משהו בך יאמר לך: המשך בדרכך.
כמו שביל החלב שחוצה את השמיים,
אתה הולך ישר, לא שם לב לכוכבים.
שזוהרים כדי
לסנוור את העיניים,
משהו בך יאמר לך: המשך בדרכך.
הו, לך ישר, לך לבד, אל תפחד
הו הו הו, אל תכעס,
לך תמים, לך אחד.
כמו אווז הבר שחולף בשמי הערב,
הוא טם בראש החץ, לא נרתע מן המרחק.
והאינסטינקט
מראה ובורא לו את הדרך
משהו בך יאמר לך: המשך בדרכך.
בלי להתכוון תן לעצמך ללכת
כל החישובים ייגמרו מאליהם
כמו העץ שקם לתחייה מן השלכת
משהו בך יאמר לך: המשך..."
אז סבוש, תמשיך בדרכך איפה שלא תהיה,
אנחנו נמשיך בדרכך כאן.
מבטיחה שכל אחד מהנכדים ומהצאצאים שלך יידעו בדיוק מי היית ומה היית.
אוהבים אותך
המון המון וכבר מתגעגעים. |