Poème des poèmes
Nous présentons ici la version la plus récente de la traduction du Cantique des cantiques d'André Chouraqui, mais les illustrations de Marianne Clouzot sont empruntées à la première édition de cette traduction, parue en 1950.
Chapitre 1.- Poème des poèmes
- Poème des poèmes qui est à Shelomo.
- Il me baisera des baisers de sa bouche; oui, tes étreintes sont meilleures que le vin.
- À l'odeur, tes huiles sont bonnes, ton nom est une huile jaillissante; aussi, les nubiles t'aiment.
- Tire-moi derrière toi, courons !
Le roi m'a fait venir en ses intérieurs.
Jubilons, réjouissons-nous en toi !
Mémorisons tes étreintes mieux que le vin ! Les rectitudes t'aiment.
- Moi, noire, harmonieuse, filles de Ieroushalaîm, comme tentes de Qédar, comme tentures de Shelomo.
- Ne me voyez pas, moi, la noirâtre: oui, le soleil en moi s'est miré.
Les fils de ma mère ont brûlé contre moi; ils m'ont mise gardienne de vignobles.
Mon vignoble à moi, je ne l'ai pas gardé !
- Rapporte-moi, toi que mon être aime, où tu pais, où tu t'étends à midi ;
car pourquoi serais-je comme affublée, auprès des troupeaux de tes amis ?
- Si tu ne le sais pas pour toi, la belle parmi les femmes, sors pour toi sur les traces des ovins; pâture tes chevreaux aux demeures des pâtres.
- À ma jument, aux attelages de Pharaon, je te compare, ô ma compagne !
- Tes joues sont harmonieuses dans les pendeloques, ton cou dans les gemmes.
- Nous ferons pour toi des pendeloques d'or, avec des pointes d'argent.
- Le roi encore sur son divan, mon nard donne son odeur.
- Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe; il nuite entre mes seins.
- Mon amant est pour moi une grappe de cypre, aux vignobles de 'Éïn Guèdi.
- Te voici belle, ma compagne, te voici belle aux yeux palombes.
- Te voici beau, mon amant, suave aussi; aussi notre berceau est luxuriant.
- Les cèdres sont les poutres de nos maisons; nos lambris, des genévriers.

Chapitre 2.- Lotus des vallées
- Moi, l'amaryllis du Sharôn, le lotus des vallées.
- Comme un lotus parmi les vinettiers, telle est ma compagne parmi les filles.
- Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon amant parmi les fils.
- Je désirais son ombre, j'y habite; son fruit est doux à mon palais.
- Il m'a fait venir à la maison du vin; son étendard sur moi, c'est l'amour.
- Soutenez-moi d'éclairs, tapissez-moi de pommes: oui, je suis malade d'amour.
- Sa gauche dessous ma tête, sa droite m'étreint.
- Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm,
par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Va vers toi-même
- La voix de mon amant ! Le voici, il vient !
Il bondit sur les monts, il saute sur les collines.
- Il ressemble, mon amant, à la gazelle ou au faon des chevreuils...
Le voici, il se dresse derrière notre muraille !
Il guette aux fenêtres, il épie aux treillages !
- Il répond, mon amant, et me dit: Lève-toi vers toi-même,
ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
- Oui, voici, l'hiver est passé, la pluie a cessé, elle s'en
est allée.
- Les bourgeons se voient sur terre, le temps du rossignol est arrivé,
la voix de la tourterelle s'entend sur notre terre.
- Le figuier embaume ses sycones, les vignes en pousse donnent leur parfum.
Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
- Ma palombe aux fentes du rocher, au secret de la marche, fais-moi voir
ta vue, fais-moi entendre ta voix !
Oui, ta voix est suave, ta vue harmonieuse.
- Saisissez pour nous les renards, les petits renards, saboteurs de vignobles !
Nos vignobles sont en pousse.
Mon
amant à moi, et moi à lui, le pâtre aux lotus.
- Jusqu'à ce que le jour se gonfle, s'enfuient les ombres,
fais volte-face, ressemble pour toi, mon amant,
à la gazelle ou au faon des chevreuils, sur les monts de la rupture.
Chapitre 3.- Noces
- Sur ma couche, dans les nuits, j'ai cherché celui qu'aime mon être.
Je l'ai cherché, mais ne l'ai pas trouvé.
- Je me lèverai donc, je tournerai dans la ville, dans les marchés,
sur les places.
Je chercherai celui qu'aime mon être. Je l'ai cherché mais
ne l'ai pas trouvé.
- Les gardes qui tournaient dans la ville m'ont trouvée. « Celui
qu'aime mon être, l'avez-vous vu ? »
- De peu les avais-je dépassés que je trouvai celui qu'aime
mon être.
Je l'ai saisi et ne le lâcherai pas avant de l'avoir fait venir à
la maison de ma mère, dans l'intérieur de ma génitrice.
- Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par
les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour
avant qu'il le désire !
- Qui est celle qui monte du désert, comme palmes de fumée,
encensée de myrrhe et d'oliban, de toutes les poudres du colporteur ?
- Voici le lit de Shelomo, soixante héros sont autour de lui, des
héros d'Israël;
- tous armés d'épée, initiés à la guerre,
chaque homme son épée sur sa cuisse, contre le tremblement
des nuits.
Le
roi Shelomo s'est fait un palanquin en bois du Lebanôn.
- Il fait ses colonnes d'argent, sa tapisserie d'or, ses montants de pourpre,
son intérieur tapissé d'amour par les filles de Ieroushalaîm.
- Sortez, voyez, filles de Siôn, le roi Shelomo,
le nimbe dont sa mère l'a nimbé le jour de sa noce, le jour
de la joie de son coeur !
Chapitre 4.- Viens avec moi
- Te voici belle, ma compagne, te voici belle !
Tes yeux palombes à travers ton litham; tes cheveux tel un troupeau
de caprins qui dévalent du mont Guil'ad;
- tes dents tel un troupeau de tondues qui montent de la baignade; oui,
toutes jumelées, sans manquantes en elles.
- Tes lèvres, tel un fil d'écarlate, ton parler harmonieux;
telle une tranche de grenade, ta tempe à travers ton litham ;
- et telle la tour de David, ton cou, bâti pour les trophées:
mille pavois y sont suspendus, tous les carquois des héros.
- Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux de la gazelle, pâturent
dans les lotus.
- Avant que le jour se gonfle et s'enfuient les ombres, j'irai vers moi-même
au mont de la myrrhe, à la colline de l'oliban.
- Toi, toute belle, ma compagne, sans vice en toi.
- Avec moi du Lebanôn, fiancée, avec moi du Lebanôn,
tu viendras !
Tu contempleras de la cime d'Amana, de la cime du Senir et du Hermôn,
des tanières de lions, des monts de léopards !
Tu
m'as incardié, ma soeur-fiancée, tu m'as incardié d'un
seul de tes yeux, d'un seul joyau de tes colliers.
- Qu'elles sont belles, tes étreintes, ma soeur-fiancée, qu'elles
sont bonnes tes étreintes, plus que le vin !
- L'odeur de tes huiles plus que tous les aromates !
- De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée !
- Le miel et le lait sous ta langue, l'odeur de tes robes; telle l'odeur
du Lebanôn !
- Jardin fermé, ma soeur-fiancée, onde fermée, source
scellée !
- Tes effluves, un paradis de grenades, avec le fruit des succulences, hennés
avec nards;
- nard, safran, canne et cinnamome avec tous les bois d'oliban; myrrhe,
aloès, avec toutes les têtes d'aromates !
- Source des jardins, puits, eaux vives, liquides du Lebanôn !
- Éveille-toi, aquilon ! Viens, simoun, gonfle mon jardin !
Que ses aromates ruissellent !
Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.
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© A. Chouraqui - 2002