Mon testament — La Résistance et la découverte de Bahya ibn Paqûda
Récit autobiographique de l'engagement d'André Chouraqui dans la Résistance française pendant l'Occupation, et de sa découverte du mystique juif Bahya ibn Paqûda dont il traduisit l'œuvre dans la clandestinité.
J'eus l'heur, durant les terribles années de l'occupation nazie, de traduire Bahya ibn Paqûda, un grand mystique juif du XIe siècle. À l'instar de nombreux juifs dont le statut venait d'être révisé par le gouvernement de Vichy, je fus expulsé de Clermont-Ferrand. Le maréchal Pétain et ses ministres venaient d'abolir, avec effet rétroactif, le décret Crémieux qui avait consacré, soixante-dix ans auparavant, les juifs à la nationalité française.
Je me réfugiais donc à Tence, en Haute-Loire, chez le pasteur Roland Leenhardt. C'est aussi durant cet exil à Tence que je rencontrais le docteur Paul Héritier. À quelques kilomètres de là, à Chaumargeais, il m'accueillait dans sa maison natale. Il m'en donna les clés, me recommandant d'en faire tout ce que je voudrais pour « sauver des vies humaines et concourir à la libération de la France ».
À Chaumargeais, au centre de la France, l'un des lieux les plus actifs de la Résistance, je devins le représentant de l'OSE, l'Organisation de secours aux enfants. Notre action était épaulée par les pasteurs Leenhardt, Trocmé et Theiss, soutenus par une population protestante unanime.
C'est donc pendant les rares heures de loisir que me laissaient les activités du maquis que j'entrepris la traduction de l'œuvre fondamentale des Devoirs du cœur de Bahya ibn Paqûda. J'avais trouvé ce livre dans une des bibliothèques pillées par l'occupant allemand. L'œuvre traînait au sein d'une pile de volumes vouée à alimenter l'autodafé nazi.
